Petite leçon philosophique

Publié le par candy

Savoir ouvrir sa gueule


Je me rappelle d'une discussion animée en cours de Philosophie, et dont le thème était la Liberté. Quelqu'un avait réussi à placer l'adage bien connu: "Ma liberté s'arrête là où commence celle des autres!", ce à quoi, notre illustre professeur (dont j'étais follement amoureuse, cela va sans dire!) avait répondu par un grand éclat de rire, avant de nous expliquer gravement que c'était l'exemple parfait d'une phrase tellement vide de sens qu'elle pouvait à elle seule exliquer les millions de morts dans les goulags staliniens.
Bien sûr, son développement nous avait conduit tout naturellement à l'étude du Contrat Social de Rousseau puis à celui de l'Esprit des Lois, de Montesquieu. Et quelques cours plus tard, il avait conclu que la liberté individuelle ne peut s'exprimer vraiment que dans le cadre d'une société policée et démocratique.

Cette leçon philosophique parachevait une éducation comme on n'en donne plus. Je fais partie de cette horde de femmes qui surveillent d'un oeil désespéré l'aiguille de leur balance, mais qui finissent leur plateau-repas de la cantine jusqu'à la dernière miette, "parce qu'on ne gaspille pas la nourriture!". Il me plait à penser que je n'ai rien d'un mouton de Panurge, mais je dois admettre que j'ai horreur de faire des vagues et d'affirmer haut et fort mon individualité.

La fréquentation de mes deux chinoises est en train de tout remettre en question! Suki est un modèle d'obéïssance. Elle attend sagement assise la gâterie qui va venir récompenser ses efforts. Elle jette un regard empreint de sollicitude avant de venir sur vos genoux. Elle vient vers vous tout gentiment quand vous rentrez du travail. C'est une vraie crème.
P'tite Candy, c'est tout autre chose. Elle s'assoit aussi pour sa gâterie, mais elle gueule si celle-ci ne vient pas assez vite. Elle gueule aussi pour monter sur le canapé, et si Suki est déjà installée sur vos genoux, cela ne la dérange nullement. Elle l'écrabouille, se couche en travers d'elle, s'allonge sans façon contre votre poitrine et sur sa tête. Quand vous rentrez du travail, elle court comme une fusée et saute sur vous comme un petit diable sur ressort. Et si vous faites mine de l'ignorer au profit de la grande, elle gueule pour que vous la caressiez.

Finalement, c'est elle qui reçoit le plus de caresses, les meilleurs morceaux et les places de choix. Tout cela parce qu'elle sait ouvrir sa gueule. Je crois que si elle pouvait parler, nous aurions toutes les deux de fort instructives leçons philosophiques. Je l'entends déjà : "La liberté des autres finit là où commence la mienne." Suki n'a qu'à bien se tenir et à se rebeller un peu, si elle ne veut pas se laisser manger toute crue par ce petit despote qui ressemble pourtant parfois à s'y méprendre à un joli mouton!

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