Hot curry

Publié le par candy

 Nuit d'enfer !

Ce matin, je suis sur pilote automatique, oreilles bourdonnantes, yeux brûlants, impression désagréable de pouvoir m'effondrer comme une crêpe à tout instant ...

Et tout est de ma faute. Je m'explique. Hier soir, au moment de quitter le boulot, je sens comme une délicieuse odeur de curry flatter mes narines. Je reconnais illico les symptômes : désir irrépressible de filer à l'Everest.
C'est un restaurant népalais que Ray m'a fait découvrir à Luxembourg-ville. Le problème, c'est qu'il y a une heure de route, et je n'ai pas prévu de baby-sitter (le propre d'une envie soudaine, c'est qu'elle arrive ... soudainement!)
Qu'à cela ne tienne. J'ai repéré à Metz un nouveau restaurant indien, et j'arrive sans peine à convaincre l'Homme de nous y inviter.

Sur place, les problèmes commencent : ce n'est pas un restaurant indien, mais pakistanais. Franchement pour moi, c'est un peu la même chose, mais pas pour Ray. Il se sacrifie magnanimement, à la grande joie des enfants qui adorent la nourriture exotique.
Ils sont d'ailleurs servis presque tout de suite, mes deux affreux, et Kayne fait la grimace au dessus de son poulet Vindaloo :
- Ouh, là, là, c'est fort!
- Voyons, chérie, tu adores la nourriture un peu épicée, et le serveur vient de dire que c'est tout doux.

Liam s'en mêle :

- Peut-être qu'il ne sait pas ce que doux veut dire en français."

Je goûte, et c'est bien épicé. En fait, l'arrière-goût d'épices est tenace. Du coup, je les laisse se goinfrer des nans que le serveur vient d'apporter. Le serveur revient avec la bière de Ray et lui explique en anglais qu'il vient de Birmingham. Commentaire de Ray dès que le serveur a le dos tourné: "It's a shit hole." J'éclate de rire au dessus de mon assiette vide, et qui le reste désespérément.

Les minutes passent, s'égrennent, les enfants remuent sur leurs chaises, se chamaillent, se disputent, puis Kayne se met à bailler, tire la manche de Ray pour lui demander quand est-ce qu'on s'en va, Ray était justement en train de piquer du nez sur son assiette. Il se redresse, bien réveillé et me demande quand on va être enfin servis. Le serveur arrive justement, et je lui pose la question. Il débarrasse l'assiette des enfants et me répond : "Tout de suite!"

Apparemment, il ne sait pas non plus ce que "tout de suite" signifie en français. Et cerise sur le gâteau, le CD de musique indienne doit être rayé parce que cela fait quinze minutes qu'on entend le même morceau. Et Kayne qui s'impatiente : "Maman, les chiennes sont toutes seules depuis longtemps!"
Nos plats arrivent enfin. Dès la première bouchée, la nourriture se coince au fond de ma gorge. Mais qu'est ce que c'est que ce truc? Je lève des yeux inquiets sur Ray, qui dévore son poulet Tikka Massala. J'avale. Yeurk, même moi je cuisine même mieux que cela! Ray a toujours son air furibard, pas le moment d'aggraver les choses. De toute façon, je n'avais pas grand appétit ce soir.

En desservant, le garçon me demande si cela a été et il a le malheur de le demander en anglais. Ray lui répond tout de go qu'à Birmingham, on se fait descendre pour moins que ça. Devant l'air ahuri du garçon, je lui explique que nous ne sommes pas habitués à attendre une heure dix avant d'être servis, et que ce n'est pas le genre de nourriture indienne auquel nous sommes habitués.
Et là, il m'explique dans un grand sourire que le chef est malade et qu'il est remplacé par un débutant. Tiens donc! On ne l'avait pas remarqué.

Dire que Suki et Candy nous ont fait la fête est un peu faible. En plus, nos pauvres fifilles avaient passé la journée toute seules. Le vendredi, c'est notre grosse journée, à Ray et à moi, et je ne peux pas rentrer pendant la pause déjeûner.

Je peux dire que j'ai poussé un soupir de soulagement une fois couchée. Les enfants étaient à moitié endormis en sortant de la voiture, et je ne sais même pas si Kayne s'était vraiment rendue compte que je la mettais au lit. Les litanies de Ray sur l'infamie du repas qui nous a été servi sont tout à coup couvertes par une plainte languissante.
Je tends l'oreille. Cela ne vient pas de la chambre des enfants. Un courant d'air peut-être? Une porte mal fermée?

Je repose ma tête sur l'oreiller, mais les plaintes s'amplifient. Elles viennent de la salle de bains. Suki est endormie dans son panier, mais P'tite Candy gémit, petite chose tremblante sur le sol carrelé.
Je la console, la remets dans son panier, la recouvre. Et je retourne me coucher.

Les plaintes reprennent de plus belle. Je me relève, retrouve ma belette au milieu de la salle de bain, gémissant comme une âme en peine. Je la console, lui donne à boire, la recouche. Elle semble calmer, au moins assez longtemps pour que je retrouve ma place douillette. Mais cette fois-ci, à ses gémissements se mêlent des aboiements plaintifs:
- Laisse!, fait l'Homme, en prenant le chemin de la salle de bain. Il prend sa grosse voix pour gronder la petite chose qui nous empêche de dormir. Je souris sous ma couette. Si Candy se laisse impressionner, je suis prête à manger mon oreiller.

Effectivement, il est à peine recouché que les plaintes reprennent crescendo.
- Cela m'inquiète, fait Ray, elle fait peut-être une crise d'angoisse parce qu'elles sont restées seules.
- J'ai un remède miracle!"
Je me lève, vais chercher la petite créature hurlante et me dirige dans le noir vers la chambre de Kayne. Depuis le temps que ma petite Beauté rêve de dormir avec P'tite Candy! Je vais faire une pierre, deux coups. La petite se love contre Kayne, et je réponds à l'appel impératif de mon oreiller. J'ai tout juste le temps de me laisser flotter qu'un grattement à la porte me réveille. C'est Kayne, avec le petit monstre poilu dans les bras : "Elle ne veut pas rester avec moi, elle pleure et elle bouge tout le temps."
Ray se met (se remet?) à grommeler. Il est debout depuis 4 heures du matin. Je récupère P'tite Candy, je la descends et lui sers un grand bol de ses croquettes favorites. Nada, elle s'en éloigne, l'air dégoûté. Je la couche dans le grand panier du salon et remonte à l'étage rejoindre mon petit lit confortable. Avant que je ne pose le pied sur la dernière marche, P'tite Candy m'attend devant la porte!
L'heure est grave. Je préviens Ray que je vais allumer ma lampe de chevet et prend la petite chose gémissante sur moi. Je la palpe sous toutes les coutures. Elle s'est peut-être fait mordre un peu fort par Suki ou piquer par un insecte? Rien, je ne trouve rien.

Finalement, je la prends contre moi, éteins la lumière et me recouche. Elle arrête enfin de gémir, me lèche le cou, les joues. Elle se redresse soudain, tremblant de plus belle.

- Chut, P'tite Candy, c'est juste Ray qui ronfle."
Je la reprends contre moi, la flatte doucement, et ferme les yeux.

Incroyable la place que prend un si petite chose. Je suis coincée entre elle et Ray vaincu par le sommeil et la bière Cobra. Dans mon estomac, le curry danse la salsa. Je dors en pointillés, épuisée, certaine que si la maison devrait s'écrouler, je n'entendrais rien.

Bel optimisme! Je me réveille en sursaut à quatre heures du matin. Ronflements en stéréo! D'un côté P'tite Candy, de l'autre Ray, à croire qu'ils font un concours de décibels. Et je ne suis pas sûr que ce soit l'homme qui le gagne! C'est horrible!
Ma nuque est toute endolorie, j'ai un pied hors du lit, frigorifié, la patte de Candy est à moitié dans ma bouche, ses moustaches me piquent la joue.

Je me tire du lit, la petite chose poilue dans mes bras, et lâchement, je la couche à côté de Suki sur laquelle elle s'effondre comme une poupée de chiffon. Je me traîne jusqu'à ma couche, je m'effondre, moi aussi, et enfin, me voilà partie au pays des rêves. Ce serait parfait si mes boyaux ne se tordaient pas en cadence.

Il va sans dire que ce matin Ray et P'tite Candy étaient tous les deux frais comme des gardons. Quant à moi, je me tire misérablement d'une pièce à l'autre.

La prochaine fois qu'une odeur de curry me flatte les narines, je me mouche un grand coup!

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Publié dans Tranches de vie

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